DÉCOLONISER LES ESPRITS

Le Media du Panafricanisme Économique et Géostratégique

Du Grand Remplacement au Grand Effacement : Chronique d’une Stratégie de Guerre que l’on ne voit pas et que l’on ne comprend pas !

À part un certain nombre de mes followers qui m’insultent régulièrement en me disant que j’ai vingt ans de retard sur leur compréhension des choses, je ne leur en veux souvent pas, encore trop peu de gens sont en mesure de saisir la guerre qui leur est menée en silence ! Dans notre communauté, nous avons énormément de sachants… Mais des sachants qui ne savent pas partager , analyser et expliquer simplement leurs savoirs et leurs découvertes ! Et quand l’un d’entre eux arrive à se faire connaître, comme le professeur Cheikh Anta Diop, il devient un Messie dont on ne peut que boire les paroles, mais dont on n’ose jamais décrypter ou critiquer ses travaux dans une perspective d’amélioration des connaissances. Et surtout aller au dela du Pourquoi ? Pourquoi l’on refuse à des scientifiques africains de donner leurs points de vue selon un angle qui leurs est propre . L’on sait tous que l’Histoire est sujette à multiple interprétations , comme un roman de littérature et que l’éloignement dans le temps et l’espace ne peuvent qu’apporter des erreurs d’interprétations surtout quand ta culture d’origine est trop éloignée de celle que tu étudies.

Depuis la disparition du professeur CAD, nous avons surtout des admirateurs et des commentateurs, mais pas suffisamment de chercheurs capables d’appuyer ses dires, de prolonger ses travaux et de rendre ses propositions plus globales, plus cohérentes et plus probantes ! Car ce qui manque à nos historiens afro, c’est notamment cette dimension sociologique de la pensée et du comportement humain qui permet d’aller jusqu’à l’analyse prédictive. Et c’est précisément ce que tente de faire un chercheur comme le professeur Jiang. Car l’Histoire ne doit pas qu’être un outil d’analyse statique , ou une série d’archives que l’on accumule mais un outil d’anticipation des conséquences et d’inspiration pour l’avenir. Or si il est bien un domaine que déteste la communauté afro dans son ensemble et dans le monde , c »est l’anticipation , réfléchir au conséquence de nos actes , de nos manquements et dérives . L’on nous inculque pas assez l’impact des actes et décisions individuelles sur l’ensemble du collectif .

Le professeur Jiang, la psychohistoire et l’art de prédire le comportement des peuples

Le « professeur Jiang », de son véritable nom Jiang Xueqin, est un enseignant, auteur et vidéaste sino-canadien, né en 1976, devenu célèbre sur les réseaux sociaux pour ses analyses et ses prédictions géopolitiques. Né à Taishan, en Chine, il a émigré au Canada avec sa famille à l’âge de six ans. Fait que je trouve très étrange : il a réussi à intégrer l’université Yale, dont il est diplômé en littérature anglaise en Yale, c’est l’universités de la super-élite américaine ! Une institution qui, en plus de pratiquer des frais de scolarité très élevés, est historiquement associée aux grandes familles américaines, à leurs réseaux d’influence et à leurs privilèges.

Cela m’interroge sur le parcours et l’environnement familial de Jiang, sans que sa seule admission permette évidemment d’en déduire ses origines sociales. En 2002, alors qu’il filmait un documentaire sur des grèves ouvrières dans le nord-est de la Chine, il aurait été arrêté par les services de sécurité chinois. Les autorités lui auraient reproché d’« attiser le sentiment anti-chinois » et l’auraient menacé de vingt ans de prison avant de l’expulser du territoire. Contre toute attente, il aurait été autorisé à revenir en Chine dès 2003. Il aurait ainsi profité de cette période que certains observateurs décrivent comme un « âge d’or de la société civile chinoise », durant laquelle Pékin tentait d’afficher une image plus ouverte à l’international.

Jiang Xueqin a alors abandonné le journalisme pour intégrer le système éducatif d’élite, notamment à Pékin et Shenzhen, en tant qu’enseignant. Il vit aujourd’hui à Pékin, où il enseigne l’anglais. Il s’est fait connaître mondialement en 2024 et 2025 à travers des vidéos de géopolitique dans lesquelles il développe des prédictions sur les grands événements internationaux, notamment l’élection de Donald Trump ou les tensions avec l’Iran. Sa méthode revendique une inspiration de la « psychohistoire », ce concept imaginé par Isaac Asimov dans sa célèbre série de science-fiction Fondation.

Surnommé le « Nostradamus chinois », il cumule des millions de vues sur les réseaux sociaux et a été invité par plusieurs personnalités médiatiques, dont Tucker Carlson. En gros, il développe un procédé d’analyse prédictive qui cherche à mobiliser les mathématiques, la théorie des jeux, l’histoire et l’étude des comportements collectifs pour anticiper les évolutions géopolitiques mondiales. C’est bien sûr loin d’être parfait ! Et les fondements scientifiques comme la fiabilité de ses prédictions restent à examiner. Mais son ascension sur les réseaux sociaux est fulgurante !

Depuis ses premières publications, il a multiplié les vidéos et les analyses, développant un véritable système d’interprétation du monde. Certains l’appelleraient le « Nostradamus chinois ». Moi, je l’appellerais plutôt l’incarnation du professeur Hari Seldon, personnage central des romans de science-fiction Fondation d’Isaac Asimov !

Pourquoi ce grand détour ?

Pour démontrer que l’Histoire est un élément essentiel dans ce jeu de guerre économique ! Et que la manière dont nos historiens africains l’apprennent, l’analysent et la diffusent me paraît souvent désuète, naïve et dépourvue d’une analyse suffisamment profonde des comportements humains.

L’Histoire est un jeu… Mais encore faut-il comprendre les règles !

Et c’est en cela que, malgré les critiques qui me sont faites par les quelques surdoués qui me suivent, je me retrouve souvent seul et isolé dans ma compréhension d’un monde qui est, en vérité, un grand jeu, avec des équipes définies ! Il y a les familles, les lignées, les statuts généalogiques, les rapports de pouvoir… Mais aussi une donnée que, selon moi, l’on n’a pas suffisamment intégrée dans l’analyse historique des rapports entre populations :

LA COULEUR !

Le professeur Jiang va notamment parler de la théorie des jeux. Et nous reviendrons sur ce sujet une autre fois, car il s’agit ici d’étudier ce que je considère comme l’une des stratégies déployées contre les peuples noirs, que personne ne voit ni ne comprend suffisamment. Nous la subissons ! Nous invoquons les dieux pour qu’ils viennent nous sauver ! D’autres parleront de malchance ! Et les derniers se retourneront contre eux-mêmes pour affirmer que le Noir est un loup pour l’Homme noir ! Sans comprendre qu’en pensant ainsi, ils se tirent eux-mêmes une balle dans le pied ! Car ils finissent par chercher exclusivement en eux-mêmes les causes de leurs difficultés, sans toujours examiner les rapports de force extérieurs, les stratégies adverses et les mécanismes historiques qui pourraient expliquer une partie de leur situation.

L’individu, la masse et l’Univers : les variables de l’Histoire

Pour comprendre l’Histoire, il faudrait en réalité commencer par comprendre les individus, les masses, leurs contextes et leurs environnements, ce que le Professeur Jiang appelle la Superstructure .  Puis vient l’Univers , qui constitue le cinquième élément, qui vient s’ajouter de manière aléatoire pour changer le cours des choses ! Des phénomènes inattendus comme le climat, les catastrophes naturelles, les épidémies…L’Univers peut redistribuer les cartes du jeu à tout moment ! Car rien n’est jamais définitif. À moins d’intégrer une formidable unité de calcul capable de prendre en compte une quantité considérable d’informations, y compris celles qui demeurent invisibles ou imprévisibles à l’échelle humaine. Une intelligence artificielle, par exemple, pourrait détecter certains cycles là où nous n’en voyions aucun, et intégrer ces observations dans des modèles de prévision. Cette études des cycles ont été l’apanage de nos anciens , les prêtres à la fois mystiques et scientifiques, à l’ère pharaonique capable de calculer la durée de cycles d’étoiles très long et qui est à la base des Almanachs pour leurs influences sur les comportements terrestres .

Puis vient l’individu. Un être à la fois imprévisible, parce que tout Homme dispose de son libre arbitre, tout en restant partiellement prévisible à travers son instinct grégaire. C’est-à-dire cette tendance à suivre la foule ! Dès qu’un individu parvient à faire bouger une masse, il peut devenir extrêmement difficile d’arrêter le mouvement d’ensemble qu’il a déclenché. Voilà pourquoi les agences de renseignement surveillent notamment les leaders charismatiques et les mouvements capables de mobiliser les populations. Elles cherchent à anticiper leur influence, à comprendre leurs intentions et, dans certains contextes politiques, à les neutraliser ou à les emprisonner avant qu’ils ne produisent un effet d’entraînement devenu incontrôlable ! C’est là toute la complexité du comportement humain.

L’individu est imprévisible individuellement mais prévisible collectivement car la masse présente des comportements récurrents !

Et c’est précisément cette relation entre l’individu, la masse, le contexte et l’environnement que nos historiens devraient davantage intégrer dans leurs recherches.

Trois mille ans d’agressions… Et une mémoire devenue confuse

L’élément crucial qui affaiblit le monde noir, selon moi, est son manque de recherches approfondies sur le comportement humain, et surtout sur les agressions et les rapports de domination qu’il aurait subis depuis environ trois mille ans. Quand l’on prend du recul sur l’Histoire des peuples noirs, sa narration est devenue confuse, brouillonne, parfois incompréhensible ! Pourtant, pour ceux qui s’intéressent à nos cultures de manière approfondie, l’on y retrouve énormément d’intelligence.

Même dans nos mots ! Dans notre vocabulaire ! Notre musique, extrêmement complexe en vérité, ses rythmes, son art, sa maîtrise de certaines connexions entre les sons, le corps et les émotions, nous laissent entrevoir des choses puissantes que nous n’avons pas suffisamment cherché à comprendre. Après des siècles et des siècles de transmission par mimétisme, nous avons souvent conservé les pratiques sans transmettre leur contexte, leur pourquoi et leur comment !

Parfois, presque miraculeusement, nous en redécouvrons la fonctionnalité. Et souvent, le résultat devient occidental ou asiatique, parce que nous n’avons pas su conserver notre savoir, le formaliser, ni l’expliquer de manière scientifique ! L’on donne parfois l’impression de faire les choses au hasard , au feeling et sans réflexion. Alors qu’il pourrait y avoir, derrière ces pratiques, des siècles d’observations, d’expérimentations et de transmission des connaissances ! Mais nous n’en avons pas toujours conservé les clés de lecture. Et c’est de tous ces éléments dont nous avons besoin pour comprendre la place du Noir dans l’Histoire de l’humanité.

Et si notre Histoire dépassait le cadre de l’Afrique seule ?

Pour beaucoup d’Africains, leur histoire commence avec la conférence de Berlin, ou juste un peu avant, quand les premiers colons européens sont arrivés. Avant cela, il y a comme une amnésie ! Une amnésie qui ne nous permet plus de faire le lien avec un passé beaucoup plus lointain. Et surtout avec la question de notre occupation et de notre présence dans différentes régions du monde. L’on ne nous a jamais véritablement présenté l’hypothèse d’une Europe occidentale qui aurait pu connaître, à différentes époques, une présence de populations noires bien plus importante et plus ancienne que nous ne l’imaginons.

Pour ma part, je souhaite aller encore plus loin dans cette interrogation. Et si une partie de ces populations avait été installée durablement sur ces territoires ? Les distances étaient trop longues et les voyages trop périlleux pour imaginer systématiquement des allers-retours permanents avec le continent africain ! Mais c’est aussi une intuition que je tire de mon observation des comportements contemporains.

Car, même ici en France, vous observerez que certains Noirs, contrairement à d’autres populations immigrées, ne ressentent pas nécessairement le besoin de retourner dans leur pays d’origine, ou celui de leurs parents. Voilà pourquoi il existe autant de frustrations et d’incompréhensions lorsqu’un Noir né en France est éternellement considéré comme un étranger ou un immigré ! Alors qu’il est né sur place ! Que ses parents sont souvent nés ici ! Ses grands-parents ! Ses arrière-grands-parents ! Et parfois même plusieurs générations supplémentaires ! Pour certains Noirs, l’intégration peut être extrêmement rapide. En une génération, un individu peut avoir perdu une grande partie des liens culturels avec le pays d’origine de ses parents, au point de ne plus ressentir l’envie d’y retourner. Surtout lorsqu’il existe un écart important de niveau économique et social entre son pays de naissance et celui de ses ancêtres.

Je me demande si la recherche d’un espace où l’on se sent en sécurité ne constitue pas l’un des moteurs essentiels de ces comportements. Et lorsque les coups de feu commencent à retentir… Lorsque tout part en sucette…

Nous prenons nos baluchons sur la tête et nous fuyons !

Voilà en tout cas une image qui revient régulièrement dans les représentations collectives des conflits africains. L’on dira que, dans cet imaginaire collectif, les peuples noirs sont pacifiques et cherchent avant tout à fuir la violence. Mais est-ce réellement une caractéristique collective ? Ou bien le résultat des contextes historiques, militaires et politiques dans lesquels ces populations se retrouvent ? C’est précisément ce qu’il faudrait étudier !

Prenons, par exemple, deux situations que je trouve intéressantes à comparer. D’un côté, la Palestine, où le conflit se prolonge notamment parce qu’une partie importante de la population demeure attachée à son territoire malgré les violences, les déplacements forcés et les conditions de vie extrêmement difficiles. De l’autre, certains conflits d’Afrique centrale, notamment dans la région des Grands Lacs, entre le Rwanda et le Zaïre, devenu la République démocratique du Congo, où nous observons des déplacements massifs de populations fuyant les zones de combat. Attention, cela ne signifie pas que les Palestiniens ne fuient pas, ni que les populations africaines ne résistent pas ! Mais ces situations devraient précisément nous inciter à comparer les comportements collectifs, les contraintes territoriales et les réactions face à une menace militaire.

  • Qu’est-ce qui pousse une population à rester ?
  • Qu’est-ce qui la pousse à partir ?
  • Comment se construit sa résistance ?
  • Comment se transmet sa mémoire du danger ?

Voilà le type de questions auxquelles une analyse sociologique et historique pourrait apporter des éléments de réponse. Et c’est cela que le professeur Jiang, en s’inspirant notamment de la psychohistoire imaginée par Isaac Asimov, cherche à intégrer dans sa démarche.

Toutes les populations ne réagissent pas nécessairement de la même manière dans des contextes comparables, mais chacune peut présenter des comportements collectifs dont certains mécanismes sont analysables et partiellement prévisibles.

C’est là que l’Histoire devient autre chose qu’une succession de dates et de personnages !

Pourquoi cherche-t-on à effacer les Noirs de l’Histoire européenne ?

Aussi, la question que trop peu d’historiens afro se posent, selon moi, est la suivante : Pourquoi semble-t-on vouloir nous effacer de l’Histoire ?

Et surtout de l’Histoire de l’Europe ! De la Méditerranée ! Et même du Moyen-Orient, si l’on y intègre l’Égypte dans sa continuité géographique et historique ! Il existe des études sur les migrations à l’intérieur du continent africain, mais même leurs interprétations continuent de susciter des débats. Et certains sont encore surpris de découvrir que des populations noires ont pu être présentes à différentes époques dans plusieurs régions d’Europe occidentale et septentrionale, jusqu’en Suède, en Norvège, en Irlande et dans les îles Britanniques. La question n’est pas simplement de constater des présences individuelles. C’est d’en déterminer l’ancienneté, l’importance, la continuité et les rôles dans les sociétés concernées.

Surtout que la présence et la persistance de certains symboles, comme celui du lion, me semblent mériter une attention particulière. Le lion est présent dans de nombreuses traditions, armoiries et représentations européennes, bien au-delà du seul territoire français et de sa symbolique du coq. Mais que racontent réellement ces symboles ? Quels héritages ont-ils conservés ? Et pourquoi certaines significations anciennes auraient-elles été oubliées ou transformées ? Beaucoup de ces explications pourraient se trouver dans la sociologie et l’étude des systèmes symboliques, et non uniquement dans l’Histoire telle qu’elle nous est racontée. Une Histoire que je considère trop souvent faite d’omissions, d’oublis et, surtout, de confusion !

Pourquoi la question noire deviendrait-elle si visible à partir du XVe siècle ?

Une autre question m’interpelle. Pourquoi la question noire prend-elle une importance particulière dans certains récits et classifications européennes à partir du XVe siècle ? Pourquoi avons-nous parfois l’impression qu’avant cette période la couleur noire ne constituait pas toujours un marqueur aussi central ? Comme si certaines présences avaient pu être considérées comme normales, sans équivoque, presque banales ! Même si la couleur noire, lorsqu’elle était particulièrement marquée, pouvait être explicitement mentionnée. C’est notamment le cas des populations que certains textes anciens désignaient comme « Éthiopiens », un terme dont le sens et l’étendue géographique ont varié selon les époques.

Mais pour le reste…

Si une grande partie des populations avait déjà la peau mate, pourquoi aurait-il toujours fallu le préciser ?

Voilà une interrogation ! Viendra ensuite la texture des cheveux… Puis la couleur des yeux… Et tout cela devrait mobiliser nos historiens, nos anthropologues, nos généticiens et nos scientifiques ! Je faisais d’ailleurs remarquer que certaines lignées royales françaises, à une époque où la France se résumait juste à son Ile , domaine minuscule au regard ce qu’elle est devenue ; directement contrôlé par le roi, ont multiplié les alliances matrimoniales avec des maisons princières étrangères.

  • Autriche…
  • Hongrie…
  • Pologne…
  • Et peut-être même Russie !

Comme si l’on était allé chercher au loin des alliances permettant, au fil des générations, de produire cette noblesse à la peau de lait et à la chevelure couleur du soleil ! Bien entendu, les alliances dynastiques répondent aussi à des intérêts politiques, territoriaux et diplomatiques parfaitement identifiables. Mais pourquoi ne pas également interroger leurs conséquences sur les représentations physiques de la royauté européenne ?

Personne ne pose les vraies questions, en vérité ?

Les auteurs de l’Antiquité, ceux auxquels on fait si souvent référence, comme Homère, Aristote ou d’autres écrivains, philosophes et historiens de leur époque, mériteraient également d’être relus à travers cette grille d’interrogation.

  • La couleur noire n’était-elle réellement perçue que comme un signe de différence ?
  • Était-elle toujours considérée comme extraordinaire ?
  • Ou pouvait-elle aussi être associée à une origine géographique, à des traditions culturelles, voire à des lieux réputés pour leurs enseignements et leur sagesse ?

Ce sont des pistes qu’il nous appartient d’étudier à partir des textes originaux, de leurs traductions et de leurs contextes.

Du jazz aux religions : l’influence noire et son effacement progressif

J’aime souvent prendre la musique comme exemple, pour en écouter énormément ! Et le jazz est, pour moi, l’exemple parfait de la manière dont le Noir peut influencer une culture ou un mouvement qu’il a lui-même contribué à inventer, avant de voir progressivement son rôle minimisé, transformé ou récupéré. Le jazz est né de traditions musicales afro-américaines. Mais il est ensuite devenu une musique internationale, reprise, adaptée et commercialisée par des acteurs de toutes origines. Et dans cette mondialisation, la question de savoir qui crée, qui diffuse, qui possède et qui bénéficie économiquement de la création devient fondamentale !

C’est cela, la guerre économique ! Et je souhaite étendre cette interrogation aux religions. Je développe l’hypothèse selon laquelle certaines traditions religieuses anciennes pourraient avoir connu une contribution noire beaucoup plus profonde que ne le laissent entendre certains récits contemporains. Puis elles auraient été reprises, reformulées ou institutionnalisées par d’autres populations. Par ceux que j’appellerais, dans mon modèle d’analyse, les Blancs d’Occident et les Blancs d’Orient !

Oui, c’est ainsi que je propose provisoirement de les distinguer dans mon raisonnement. Dans l’hypothèse que je souhaite explorer, des déplacements anciens de populations, parfois associés à des régions que l’on rattache au Caucase, auraient progressivement contribué à transformer la composition humaine et les rapports de pouvoir dans plusieurs espaces géographiques. D’un côté, des populations installées en Europe occidentale. De l’autre, des populations ayant emprunté des trajectoires vers la Méditerranée orientale et jusqu’à la péninsule Arabique.

Je m’interroge alors sur les formes de déplacement, de domination, d’assimilation, voire d’extermination, qu’auraient pu subir certaines populations noires plus anciennes. Mais également sur les résistances opposées à ces mouvements dans les espaces asiatiques et orientaux, déjà traversés par de longues histoires de guerres et de conquêtes, notamment mongoles. Ce modèle reste à confronter sérieusement aux données de l’archéologie, de la génétique des populations et de l’histoire des migrations. Mais c’est précisément le type de travail que j’aimerais voir nos historiens entreprendre !

Nos historiens savent expliquer… Mais savent-ils faire comprendre ?

Voilà tout le travail que nos historiens ne font pas suffisamment, à mon sens ! Leurs explications sont souvent trop compliquées, trop techniques, trop pointues ! Ils ne savent pas toujours produire des explications accessibles aux masses. Ils ne savent pas suffisamment rappeler les influences, les contextes et les rapports de force du moment.

Tout est trop technique ! Pas assez schématique !

Alors que, pour parler à la masse, il faut parfois savoir essentialiser, vulgariser , simplifier provisoirement un modèle pour en faire comprendre les mécanismes, avant d’en expliquer toute la complexité. C’est ainsi que je voudrais utiliser la Théorie des Jeux , le Game Theory du Profeseur Jiang , pour analyser les grandes familles humaines et les systèmes de pouvoir. Dans ma représentation simplifiée, je distingue trois grandes catégories historiques de couleur : Les Blancs, les Noirs et les Jaunes !

Trois catégories issues des anciennes classifications raciales, que je souhaite examiner en tant que constructions historiques et politiques, et non comme des ensembles biologiques homogènes. Car les populations sont évidemment beaucoup plus diverses que ces trois catégories ! Mais ces classifications ont servi, à différentes périodes, à organiser des rapports de pouvoir, des perceptions collectives et des hiérarchies. Ensuite viendraient le contexte, l’environnement, les cultures, les trajectoires historiques et les comportements. Et c’est là que pourrait commencer une véritable modélisation des rapports de force.

L’Occident et la stratégie du Grand Effacement

Alors oui ! Pour moi, l’Occident, entendu ici comme un ensemble de systèmes historiques de pouvoir et de domination, a participé à des processus d’effacement des Noirs dans certains récits de l’Histoire ! L’on nous concédera une place dans tout ce que l’on considère comme mineur, non influent et non économique. La musique ! Le sport ! La danse !

Alors qu’en vérité, ces domaines génèrent énormément d’économie ! Mais une économie dont les producteurs de talents ne contrôlent pas toujours les moyens de production, les circuits de distribution, les droits ou les bénéfices. Dans tous ces domaines, les populations qui produisent les talents peuvent ainsi se retrouver exploitées pour leurs capacités.

Mais lorsqu’il s’agit d’accès au pouvoir économique, à l’innovation, aux découvertes scientifiques, aux grandes inventions ou à la création institutionnelle… Là, tout devient beaucoup plus compliqué ! Et c’est à nos historiens de faire ce travail d’analyse et de recoupement ! Car il existe énormément de données à traiter pour comprendre ces mécanismes. Comme je l’ai dit précédemment, tout se joue en même temps !

Et tout bouge en permanence !

Parfois, dans cette histoire, surgissent des témoignages qui ressemblent à des aveux, à des prises de conscience ou à des remords. Je pense notamment à Constantin-François Chassebœuf, comte de Volney (1757-1820), député du tiers état en 1789. On retrouve dans ses écrits une réflexion célèbre sur l’Égypte ancienne et les populations africaines, dans laquelle il attribue à des hommes noirs une place majeure dans l’histoire des sciences, des arts et du développement des civilisations.

Dans ses écrits — notamment dans Voyage en Égypte et en Syrie (1787) et dans Les Ruines ou Méditations sur les révolutions des empires (1791) —, Constantin-François Chassebœuf, comte de Volney, a exprimé l’idée que la civilisation égyptienne antique était fondée par une population noire. [1, 2, 3]

Il a notamment écrit :

« C’est là qu’un peuple, maintenant oublié depuis, découvrait les éléments des sciences et des arts, alors que tous les autres hommes étaient barbares ; et qu’une race d’hommes aujourd’hui rebut de la société, parce qu’ils ont les cheveux crépus et la peau noire, fondait sur l’étude des lois de la nature des systèmes civils… » [1]

Il ajoute également, en s’arrêtant devant le Sphinx et les monuments égyptiens :

« …en songeant que cette race d’hommes noirs, aujourd’hui notre esclave et l’objet de nos mépris, est celle-là même à qui nous devons nos arts, nos sciences et jusqu’à l’usage de la parole ». [1]

Et si le véritable enjeu était la légitimité historique et foncière ?

Quand l’on prend conscience de l’importance que pourraient avoir certaines présences anciennes, il devient urgent de s’interroger sur les intérêts matériels et politiques liés à leur reconnaissance ou à leur effacement. Et si l’enjeu n’était pas seulement symbolique ? Et s’il était aussi économique ? Territorial ? Patrimonial ?

Car, selon moi, l’une des raisons majeures qui pourraient expliquer certains mécanismes d’effacement de la présence noire en France et dans son histoire serait la question de la légitimité historique et foncière ! Et c’est là que cela devient subtil ! Si demain des recherches démontraient que les premiers habitants de certaines régions d’Europe occidentale étaient en grande partie noirs…

Quelle serait l’étape suivante ? Réclamer notre dû ? Revendiquer un héritage ? Réclamer des terres ? Des patrimoines ? Des biens matériels ? Des objets historiques ? Des créations intellectuelles ?

On voit bien, dans plusieurs conflits contemporains, à quel point les récits historiques, religieux et territoriaux peuvent devenir des instruments majeurs de légitimation politique.

Je pense notamment au cas d’Israël, dont les revendications historiques et religieuses sur certains territoires s’appuient en partie sur des textes anciens, des traditions et des références bibliques, même si leurs traductions juridiques et politiques contemporaines sont évidemment beaucoup plus complexes.

Et je m’interroge également sur la symbolique de certains noms et de certaines traditions religieuses. 

Prenons le nom Israël. Je me suis notamment intéressé à certaines lectures symboliques proposant de le rapprocher de noms divins anciens : IS — RA — EL.

  • IS, que certains rapprochent d’Isis, la divinité égyptienne.
  • RA, le dieu solaire de l’Égypte ancienne, associé dans certaines traditions à Amon sous la forme d’Amon-Rê.
  • EL, terme désignant Dieu dans plusieurs traditions sémitiques.

Il s’agit là d’une interprétation symbolique que je souhaite explorer, et non de l’étymologie linguistique établie du nom Israël. Mais cela illustre une autre dimension de mes recherches : les mots, les noms, les symboles et les récits anciens peuvent être investis de significations qui dépassent leur compréhension immédiate.

Revenons à notre sujet !

Si une reconnaissance historique pouvait ouvrir la voie à des revendications foncières ou patrimoniales, alors l’enjeu d’un éventuel effacement deviendrait considérable. Il ne s’agirait plus seulement de contrôler le récit de l’Histoire, mais aussi d’empêcher toute revendication future sur les biens, les lignées et les territoires ! Voilà, selon moi, une hypothèse qui me semble plus que plausible et qu’il faudra bien, un jour, approfondir ! Oui, bien sûr, il y a toutes ces revendications autour des réparations historiques. Mais je ne suis pas certain qu’elles s’inscrivent véritablement dans une démarche de restauration de la vérité sur ce que nous sommes, sur ce que nous avons été et, surtout, sur ce que nous avons apporté à l’humanité !

Si nos historiens étaient moins rêveurs et davantage comptables…

Et si nos historiens étaient moins des rêveurs, mais davantage des comptables ? Car la plus grande peur de ceux qui auraient bénéficié de spoliations historiques serait peut-être qu’un jour, on leur envoie la facture !

  • La facture des vols matériels !
  • Intellectuels !
  • Artistiques !
  • Musicaux !
  • Des terres !
  • Des œuvres !
  • Des savoirs !
  • Des inventions ! 

Et si nous finissions par réclamer les dividendes de tout ce que nous avons apporté au monde ? Dans ma lecture de l’Histoire, les populations noires ont joué un rôle bien plus considérable dans l’éducation, la formation et la transmission de connaissances à d’autres populations que ne le reconnaissent certains récits dominants. Je vais même plus loin dans mon hypothèse. Nous avons éduqué et formé certains de ceux qui nous auraient ensuite copiés, dépassés, puis dominés ! Et tout ce qu’il en resterait aujourd’hui, dans certaines représentations sociales, serait notamment cette image de la nourrice africaine, parfois ivoirienne, recherchée pour s’occuper des enfants.

Une image qui m’interpelle !

Car, durant les périodes esclavagistes, coloniales et postcoloniales, des femmes noires ont effectivement assumé, dans différents contextes, des fonctions de nourrices, de domestiques et d’éducatrices auprès d’enfants appartenant à des familles dominantes. Et si cette fonction de nourrice constituait l’un des derniers vestiges d’un rapport historique à l’éducation et à la transmission des savoirs beaucoup plus ancien ?

Comment serions-nous passés du rôle supposé d’éducateurs et de formateurs à celui de serviteurs ?

Voilà une autre question ! En tout cas, il y a matière à rechercher dans nos relations avec l’Occident sur une très longue période. Et surtout à comprendre comment, selon moi, certains rôles auraient pu s’inverser ! Nous ne savons pas exactement comment. Mais je suis persuadé qu’une partie des réponses se trouve encore devant nos yeux. Dans les signes ! Dans les symboles ! Sur les habitations ! Dans les musées ! Sur les sculptures et les monuments extérieurs ! Dans les inscriptions anciennes ! Dans les écrits en latin !

Des trésors et des révélations pourraient être cachés dans tous ces documents que nous ne savons plus lire ou que nous ne prenons même plus la peine d’interroger ! Je recommande d’ailleurs de suivre ce jeune métis qui œuvre sur les réseaux sociaux à faire connaître et reconnaître la Gallica, dans toute son étendue et sa complexité. Certaines des descriptions et interprétations qu’il présente sont troublantes !

Car elles semblent, selon sa lecture des sources anciennes, décrire comme noirs des personnages célèbres que l’iconographie moderne nous a souvent représentés comme blancs. Il reste naturellement à examiner les textes originaux, les traductions, les contextes et les identifications proposées. Mais si certaines de ces contradictions étaient établies, elles soulèveraient une question majeure :

Comment et pourquoi la représentation de certains personnages historiques aurait-elle été transformée au fil des siècles ?

Dans mon hypothèse du GRAND EFFACEMENT, ces transformations pourraient avoir servi à dissimuler certaines filiations, certaines appartenances et, surtout, certaines légitimités historiques.

Car une fois un individu disparu… Une fois son identité transformée… Comment ses descendants ou ses parents éloignés pourraient-ils encore venir revendiquer un quelconque héritage ?

Le patrimoine, les héritages et le mécanisme de dépossession

Pour finir, le vol de biens et d’héritages n’appartient pas uniquement à un passé lointain. Nous connaissons encore, dans notre histoire contemporaine, des litiges successoraux, des détournements de patrimoine, des spoliations et des conflits de propriété ! Je voudrais ici évoquer un exemple qui m’interpelle et qui mériterait, à lui seul, une enquête approfondie. Celui de Dominique Ouattara, née Dominique Claudine Nouvian, le 16 décembre 1953, à Constantine, dans l’Algérie alors française. En 1975, à l’âge de vingt-deux ans, elle s’installe en Côte d’Ivoire. Après différentes expériences professionnelles, elle développe une carrière dans l’immobilier. Son activité l’amènera notamment à gérer des biens immobiliers liés au président ivoirien Félix Houphouët-Boigny et à son homologue gabonais Omar Bongo. Cette proximité avec des patrimoines présidentiels considérables m’interpelle ! Que sont devenus ces patrimoines après la disparition de leurs propriétaires ? Qui en assurait la gestion ? Quels étaient les mandats ? Qui détenait réellement les titres de propriété ? Quels biens relevaient de la propriété privée, de sociétés immobilières ou du patrimoine public ? Et quelles successions ont été organisées ? Il existe des interrogations et des allégations sur le devenir de certains de ces biens, mais je ne dispose pas ici des éléments documentaires permettant d’affirmer que l’ensemble de ces patrimoines serait devenu la propriété de Mme Ouattara.

Je n’ai pas le temps de développer cette affaire, qui est complexe et dans laquelle peu de personnes semblent vouloir mettre le nez, tant les enjeux politiques et financiers peuvent être considérables ! Mais ce qui m’intéresse, au-delà de ce cas particulier, c’est le mécanisme de dépossession patrimoniale. Car le principe que je cherche à étudier pourrait avoir existé depuis des siècles sur des territoires ayant appartenu à des populations noires, notamment lorsque les propriétaires ne disposaient pas de titres reconnus par les nouvelles autorités, ou lorsque leurs héritiers n’étaient plus visibles, identifiables ou présents à proximité.

Comment se transmet alors la propriété ? Qui décide de la légitimité des héritiers ? Qui conserve les archives ? Qui établit les nouveaux titres fonciers ? Et surtout…

Qui peut encore prouver qu’un bien lui appartenait lorsque tous les documents et toutes les traces de sa possession ont disparu ?

Voilà comment, dans mon hypothèse, un GRAND REMPLACEMENT historique et patrimonial aurait pu s’effectuer !

Non pas nécessairement par un seul événement brutal, mais par une succession de conquêtes, de déplacements, d’assimilations, de changements de propriété et de transformations des récits historiques. Et maintenant viendrait la nécessité de tout réfuter ! De tout effacer ! Pour que jamais les Noirs ne comprennent ni ne découvrent les légitimités historiques qui pourraient être les leurs dans certains territoires d’Europe. Ni l’étendue de leurs éventuels apports culturels, coutumiers, traditionnels et folkloriques ! Tout cela serait perdu dans les méandres de la mémoire. Et ceux qui en détiendraient encore certaines clés les garderaient pour eux, à tout jamais !

Voilà pourquoi je ne parle plus seulement de GRAND REMPLACEMENT, mais de GRAND EFFACEMENT !

Car le véritable enjeu ne serait plus uniquement de remplacer des populations ou de transformer leur place dans une société…

Ce serait de faire disparaître jusqu’au souvenir de leur présence, de leurs œuvres, de leurs droits et de leurs héritages !

Et c’est cette hypothèse que je compte continuer à explorer.

À suivre…

#GuerreEconomique #DécoloniserLesEsprits #GrandRemplacement #GrandEffacement #Histoire #CheikhAntaDiop #Psychohistoire #ComprendreLOccidentEnAfrique

Patrice NZIANSE

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