DÉCOLONISER LES ESPRITS

Le Journal du Panafricanisme Économique, Géopolitique & Géostratégique

Guerre Eschatologique pour Israël , Guerre Économique pour les USA : une Convergence d’intérêt belliciste pour soumettre le Monde

I. L’Amérique au bord du gouffre

Les États-Unis sont au bord de la faillite. Tout le combat de Trump consiste à sauver le pays de cet effondrement, et pour cela il est contraint de se mettre du côté des argentiers et des banquiers du monde « Libre » — non par idéologie, mais par nécessité de survie. Les contrarier, c’est s’exposer à ce qu’ils exigent le remboursement immédiat de la dette colossale qu’ils détiennent, une dette qui dépasse désormais les 35 000 milliards de dollars. Ce serait une crise bien pire que celle de 1929. Et d’ailleurs, l’on y arrive : 2029 marquera les 100 ans de ce krach historique, et tout indique que nous en vivrons la répétition — non pas par hasard, mais par l’accumulation structurelle de déséquilibres que le système financier occidental a refusé de corriger depuis des décennies.

Voilà Trump contraint de tolérer la présence de l’AIPAC et de déployer le programme des néoconservateurs américains pour éviter que tout n’explose en vol. Mais la dédollarisation progressive de l’économie mondiale, la montée irrésistible d’une économie désormais multipolaire, et un Israël plongé dans sa folie belliciste rendent cette équation intenable sur la durée. La question n’est plus de savoir si l’empire vacille, mais quand il tombe, et qui sera emporté avec lui.

II. Israël, Iran et la logique de l’escalade nucléaire

L’attaque contre l’Iran s’est montée en deux temps, révélant la fracture croissante entre les intérêts américains et la dynamique autonome d’un Israël de plus en plus incontrôlable. Israël a d’abord frappé de son propre chef, ciblant les hauts responsables militaires et les spécialistes nucléaires iraniens — une occasion en or pour décapiter le commandement ennemi et neutraliser la filière technique. Les États-Unis sont intervenus ensuite, non par soutien inconditionnel, mais pour calmer le jeu, pressentant qu’Israël lorgnait vers l’option nucléaire.

Car c’est là le nœud du problème : une frange du pouvoir israélien voudrait utiliser la bombe pour décimer d’un coup une armée et une population civile entières. Ce qui le retient pour l’instant ? La pression américaine, la proximité géographique des retombées radioactives, et surtout la conscience que cela provoquerait une vague d’antisémitisme mondial d’une ampleur sans précédent — mettant en danger tous les Juifs de la planète, y compris ceux qu’Israël prétend défendre. Ce paradoxe est au cœur de la schizophrénie israélienne : vouloir la guerre totale tout en sachant qu’elle scellerait sa propre condamnation aux yeux du monde.

Thierry Meyssan, président-fondateur du Réseau Voltaire, a rappelé dans une interview sur GPTV qu’une fatwa de l’ayatollah Khomeini interdit formellement la fabrication d’armes de destruction massive en Iran. L’Iran s’est toujours concentré sur la recherche nucléaire civile — notamment la maîtrise de la fusion nucléaire pour la production d’énergie illimitée — contrairement aux États-Unis qui ont bâti leur puissance sur la fission pour en faire un instrument de menace et de domination géopolitique. Deux visions du nucléaire diamétralement opposées, et deux logiques stratégiques que la propagande occidentale s’efforce délibérément de confondre.

III. Le fantasme du Grand Israël — messianisme territorial et guerre eschatologique

Derrière la guerre en cours se dessine un projet idéologique d’une portée bien plus vaste : le Grand Israël. Dans certains cercles du sionisme religieux — dont Smotrich est aujourd’hui le représentant le plus visible au sein même du gouvernement Netanyahu — ce projet territorial, fondé sur une lecture politique et messianique du texte biblique, s’est développé après la guerre des Six jours de 1967 et n’a cessé de s’accentuer depuis. Il englobe, selon les versions, la Cisjordanie, Gaza, le plateau du Golan, la péninsule du Sinaï, voire l’intégralité de la zone allant du Nil à l’Euphrate — un espace qui couvre en réalité une grande partie de l’Égypte moderne, de la Syrie, de l’Irak et de la Turquie.

Ce messianisme territorial est difficilement chiffrable dans son intensité réelle, mais on peut estimer qu’environ 15 % de la population juive en Israël y est pleinement réceptive — une minorité agissante qui, dans le contexte d’une coalition gouvernementale fragile, exerce une influence démultipliée sur la politique militaire et coloniale. Ce n’est pas seulement de l’instrumentalisation politique : c’est une conviction sincère pour une frange de militants qui prétendent agir au nom d’une promesse divine, légitimée par des textes dont l’interprétation reste profondément contestée — et que l’on ne sait pas toujours avec certitude qui a réellement écrits ni dans quel contexte.

C’est précisément ce que l’on nomme une guerre eschatologique : une guerre menée au nom des fins dernières, de l’accomplissement d’une prophétie, où la violence devient acte de foi et l’extermination une étape vers le salut. Une logique qui, par définition, se soustrait à toute rationalité diplomatique classique.

Les États-Unis avaient réussi à faire oublier leurs propres crimes de guerre grâce à un soft power sans précédent, porté notamment par la culture noire américaine qui a su fédérer les peuples du monde entier par sa créativité, son énergie et sa capacité à transcender les blessures de l’histoire. Israël aura-t-il cette même capacité de résilience narrative ? Entouré de pays arabes hostiles, avec une gestion de la Palestine unanimement condamnée, une violence de colonisation assumée et banalisée, et une image internationale durablement fracturée depuis octobre 2023, la réponse semble négative. Le sentiment d’hostilité envers l’État hébreu ne peut qu’aller en s’amplifiant — et avec lui, malheureusement, le risque de voir une haine légitime du sionisme politique se déverser sur l’ensemble des communautés juives à travers le monde.

IV. L’affaire Epstein et la mécanique de domination mondiale

L’affaire Epstein n’est pas un fait divers sordide. Elle est la fenêtre entrouverte sur un système de domination globale par la corruption, le chantage et la mise en servitude des élites mondiales. La maîtrise de l’infrastructure économique et financière, de la dette souveraine et de la création monétaire constitue le véritable levier de puissance de ce réseau — un levier qui transcende les États et les gouvernements, et qui explique pourquoi tant de dirigeants, pourtant élus pour défendre leur peuple, finissent par défendre d’autres intérêts.

Ce système tient tant que personne ne tire réellement le fil. Mais le monde change. C’est dans ce contexte que la Chine et la Russie apparaissent comme les deux derniers grands poids lourds capables de résister à cette hégémonie — non sans contradictions ni limites propres, mais avec une volonté stratégique affirmée de ne pas se soumettre à la loi du dollar et à la finance de prédation. Les BRICS, avec leurs monnaies alternatives, leurs infrastructures de paiement souveraines et leurs institutions financières parallèles, représentent aujourd’hui la réponse structurelle la plus sérieuse à ce chaos organisé.

V. Et l’Afrique dans tout ça ?

L’Afrique reste l’éternelle absente du jeu géopolitique mondial — non par manque de ressources, mais par absence de vision stratégique, de capacité de renseignement et de levier de négociation. Sa peur des mots — comme “antisémitisme” — s’ajoute à ses maux accumulés depuis 500 ans, la condamnant à rester un arbitre sans autorité, penchant toujours du côté de celui qu’elle perçoit comme le plus fort du moment.

L’histoire le confirme pourtant avec une régularité troublante : être ami avec les Américains, c’est souvent le début de la fin. Kadhafi, Saddam Hussein, Ben Laden, certains dirigeants iraniens — tous ont été, à un moment, des instruments de Washington, avant d’être sacrifiés quand ils devenaient encombrants ou quand ils commençaient à penser par eux-mêmes. La logique impériale ne change pas : on installe, on utilise, on élimine.

Le cas de Madagascar est à cet égard emblématique. Le colonel Michaël Randrianirina, commandant du CAPSAT (Corps d’Armée des Personnels et des Services Administratifs et Techniques), a pris le pouvoir le 14 octobre 2025 en renversant Andry Rajoelina. Un profil militaire technico-administratif propulsé au sommet de l’État, dans un pays aux ressources stratégiques considérables — terres rares, nickel, cobalt, ressources halieutiques — et dont le positionnement dans l’océan Indien en fait un point névralgique pour les grandes puissances. La question n’est pas de savoir si des mains extérieures ont joué un rôle dans ce basculement, mais de comprendre au service de qui ce nouveau pouvoir va s’exercer.

L’Afrique aime à jouer au plus fin — mais sans renseignement souverain, sans capacité financière autonome, sans vision géopolitique de long terme, elle arrive à la table des négociations avec ses terres comme seul gage. Et cela ne suffit plus.
Tshisekedi, au Congo-Kinshasa, va très vite en faire l’amère expérience. Les États-Unis ne sont pas des alliés : ce sont des actionnaires, et quand le rendement baisse, on change de gérant.

En cette période de grand basculement mondial, ne pas comprendre pourquoi le monde bascule, se laisser utiliser comme bouclier par des puissances dont les intérêts sont radicalement opposés aux tiens, c’est condamner sa propre population à subir les conséquences d’une guerre que l’on n’a pas choisie, que l’on n’a pas préparée, et dont on ne verra jamais les dividendes.

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Patrice Nziansè — Paris, le Mercredi 4 Mars 2026

Patrice NZIANSE

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