Macron annonce au 20h qu’il projette d’envoyer le Charles de Gaulle dans le détroit d’Ormuz : la France joue aux Echecs pendant que l’Iran joue au Go.

Ce soir, mardi 3 mars 2026, à 20h heure de Paris, Emmanuel Macron vient d’annoncer l’envoi du porte-avions Charles de Gaulle en soutien aux forces américaines dans le détroit d’Ormuz, dans le cadre du bras de fer qui oppose Washington à Téhéran. La France, donc, plonge dans un nouveau théâtre de guerre — ou du moins dans sa mise en scène.
Et ce même jour, l’Espagne, elle, a choisi la voie inverse en interdisant à l’armée américaine d’utiliser ses positions sur son territoire pour intervenir dans ce conflit. Deux membres de l’alliance atlantique, deux logiques radicalement opposées. Ce contraste mérite qu’on s’y arrête.
Hier encore, à l’Île Longue — base des sous-marins nucléaires français — Macron citait une maxime dans le registre de la puissance et de la dissuasion : pour être craint, il faut se montrer puissant. Le message est clair, la volonté belliqueuse assumée. Mais derrière la posture, quelle est la réalité stratégique ? Et surtout, quelle est la logique profonde qui conduit la France à se précipiter dans un conflit dont elle n’est pas partie prenante, dans une région où ses intérêts directs sont inexistants, au moment même où son prestige militaire est sérieusement écorné par l’épisode ukrainien ?
La France se rabat sur l’Iran pour faire oublier l’Ukraine
Soyons directs : la France a perdu en Ukraine — pas militairement au sens strict, puisqu’elle n’y combattait pas officiellement, mais politiquement et symboliquement. Les rodomontades de Macron sur l’envoi de troupes au sol, les promesses d’armements, les effets d’annonce répétés n’ont débouché sur rien de décisif. La Russie tient. L’Ukraine s’épuise. Et la France, malgré son agitation diplomatique, n’a pesé sur aucun des équilibres réels du conflit.
Alors, comme tout acteur qui a besoin de réaffirmer sa crédibilité après un revers, on change de théâtre. L’Iran devient l’occasion de montrer que le Charles de Gaulle navigue encore, que la France est une puissance militaire qui compte, que Paris n’est pas une capitale de seconde zone dans le concert des nations belligérantes. C’est de la communication stratégique avant d’être de la stratégie. Et c’est précisément là que la citation du général Omar Bradley prend tout son sens.
« Les amateurs parlent de stratégie, les professionnels parlent de logistique »
Ce que Macron déploie ce soir, c’est une réflexion d’amateur au sens bradléyen du terme — non pas par manque d’intelligence, mais parce que la question posée est celle de l’apparence de la puissance, et non de sa substance. Envoyer un porte-avions dans le détroit d’Ormuz, c’est un geste d’Échecs — frontal, spectaculaire, hiérarchique, visible. Une pièce maîtresse avance sur l’échiquier pour signifier la détermination du joueur.
Mais l’Iran, lui, joue au Go depuis des décennies. Téhéran ne cherche pas l’affrontement direct. Il encercle, il multiplie les points d’appui — les Houthis au Yémen, le Hezbollah au Liban, les milices en Irak et en Syrie, les réseaux de drones et de missiles balistiques qui saturent les systèmes de défense adverses. L’Iran contrôle l’espace, il pense en termes d’influence et de réseaux, il maîtrise le temps long. Face à un porte-avions français qui viendra montrer son pavillon quelques semaines puis rentrer au port, Téhéran opposera la patience de celui qui sait que le rapport de forces réel ne se joue pas sur la surface de la mer.
La logistique comme vrai critère de puissance
Bradley avait compris ce que les chefs d’état-major flamboyants oublient souvent : ce qui gagne les guerres, ce n’est pas le coup d’éclat, c’est la capacité à tenir dans la durée. L’Allemagne nazie disposait d’une stratégie militaire brillante — et s’est effondrée sur la logistique de sa campagne en URSS. Les Alliés en 1944 ont gagné parce qu’ils contrôlaient les flux, les ports, les chaînes d’approvisionnement transatlantiques, la production industrielle continue.
« La stratégie gagne des batailles. La logistique gagne les guerres.«
L’Espagne a, elle, raisonné en professionnelle ce jour : refuser que son territoire serve de base arrière à une intervention militaire, c’est protéger sa souveraineté, ses intérêts économiques dans la région, et sa capacité à rester un acteur diplomatique crédible auprès de l’ensemble des parties. C’est une décision de Go — contrôle de l’espace géopolitique, préservation des positions futures, refus de se laisser entraîner dans une logique d’Échecs dont Madrid ne tirerait aucun bénéfice.
Ce que cela révèle de la France
La France de Macron continue de confondre la démonstration de puissance avec la puissance elle-même. Avoir le Charles de Gaulle, c’est posséder une pièce imposante sur l’échiquier. Mais la question que pose Go — et que pose Bradley — n’est pas « quelle pièce tu possèdes », mais « comment tu contrôles l’environnement sur le long terme ».
Pendant que Paris envoie son porte-avions en opération de communication militaire, Pékin construit des ports, des corridors ferroviaires, des datacenters, des accords énergétiques. Pendant que Macron cite des maximes sur la puissance à l’Île Longue, Moscou tient ses positions et Téhéran consolide ses réseaux régionaux. La France joue à un jeu spectaculaire mais court — et elle le joue avec les règles d’hier.
Ce n’est pas avec un porte-avions que l’on pèse sur le détroit d’Ormuz en 2026. C’est avec la maîtrise des flux énergétiques, la crédibilité diplomatique, les infrastructures critiques et la patience stratégique. Tout ce que la France, enfermée dans sa nostalgie de grande puissance, peine aujourd’hui à construire.
Les amateurs parlent de stratégie. Les professionnels parlent de logistique. Et les sages, eux, jouent au Go.
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Patrice Nziansè — Paris, le mardi 3 mars 2026