DÉCOLONISER LES ESPRITS

Le Journal du Panafricanisme Économique, Géopolitique & Géostratégique

Comment la France va Reconquérir l’Afrique

I. Qu’est-ce que l’Entrisme ?

L’entrisme est une tactique d’infiltration politique et idéologique théorisée initialement dans les cercles trotskistes des années 1930, mais aujourd’hui largement adoptée — et perfectionnée — par les puissances qui pratiquent la guerre économique à haute intensité. Le principe est simple dans sa conception, redoutable dans son exécution :

Plutôt que d’affronter frontalement une organisation, une institution ou un État, on y introduit progressivement des individus acquis à sa cause — soigneusement sélectionnés, formés et positionnés pour influencer les décisions de l’intérieur.

L’entryste n’est pas nécessairement un espion au sens classique du terme. C’est souvent quelqu’un qui croit sincèrement en sa propre légitimité, qui a été façonné par des années de formation dans des institutions précises, entouré des bonnes personnes, coopté dans les bons cercles — sans nécessairement avoir conscience d’être un instrument. C’est précisément ce qui rend cette stratégie si efficace et si difficile à contrer : la plupart des entrystes sont convaincus d’agir pour le bien de leur pays, alors qu’ils en servent un autre.

Dans le contexte africain, l’entrisme prend une dimension particulièrement pernicieuse. Il ne s’agit plus d’infiltrer un parti politique ou un syndicat, mais de noyauter les sphères dirigeantes d’États souverains — en plaçant aux postes clés des technocrates formés à l’étranger, redevables à des réseaux extérieurs, et dont les réflexes intellectuels, économiques et stratégiques ont été calibrés pour servir les intérêts de ceux qui les ont formés. Le tout dans un habillage de modernité, de compétence, et parfois même de discours pseudo-panafricaniste.

 II. La Stratégie de l’Entrisme : Une Arme Silencieuse

Pour reconquérir l’Afrique, la stratégie privilégiée ne sera pas militaire — elle sera bien plus subtile et bien plus dévastatrice. Face à une diaspora africaine hyper-diplômée, brillante, mais structurellement sans issue et dépourvue de socle communautaire économique solide, il devient tristement facile de piocher dans cette manne de ressources humaines pour infiltrer méthodiquement le continent.

Ce n’est pas une théorie du complot. C’est de la guerre économique appliquée, documentée, et observable à l’œil nu pour qui sait regarder.

 III. La Diaspora : Ressource Convoitée, Communauté Abandonnée

Dans la mesure où nos États africains ne proposent aucune perspective d’avenir concrète pour leur diaspora, d’autres s’empressent de l’utiliser — pour mieux la trahir ensuite. Ce paradoxe est douloureux mais il faut l’assumer : malgré l’accumulation des diplômes, malgré les cohortes d’ingénieurs, d’économistes, de juristes et de financiers africains formés dans les meilleures universités du monde, nous démontrons collectivement une incapacité structurelle à construire par nous-mêmes un espace économique capable d’absorber nos propres talents.

La diaspora africaine représente aujourd’hui plus de 100 milliards de dollars de transferts annuels vers le continent. Pourtant, cette manne financière reste peu organisée, peu mutualisée, et peu dirigée vers des projets structurants. Elle est donc une cible idéale pour qui veut exercer une influence douce sur nos décisions politiques et économiques.

 IV. Le Maillage Bancaire : De Thiam à Ouattara

Que ce soit Tidjane Thiam ou Alassane Ouattara, tous deux issus du cursus élitiste des grandes institutions financières internationales — la Banque Mondiale, le FMI, les grands cabinets anglo-saxons — le schéma se répète avec une régularité troublante. Ce n’est pas le fruit du hasard. C’est le résultat d’un maillage soigneusement entretenu.

Maintenant, avec l’affaire Epstein et les révélations progressives sur les réseaux qui gravitaient autour, on commence à mieux comprendre qui se trouve derrière certaines initiatives politiques — dont celle de Macron concernant le « réengagement » français en Afrique. Ce que l’on découvre, c’est la persistance d’un système de cooptation de futurs présidentiables africains via des cercles financiers et des fondations bien précises, dont la neutralité est pour le moins sujette à caution.

Le profil-type de ces candidats est désormais établi :

▸ Formation dans les grandes écoles françaises ou anglo-saxonnes

▸ Passage obligé par une institution financière internationale

▸ Intégration dans les réseaux mondialistes

▸ Positionnement progressif vers des fonctions exécutives en Afrique

Le tout sous couvert de compétence technocratique et de modernité.

 V. L’Affaire Wilfried Ekanga : Un Cas d’Entrisme Inconscient

Fétiche de Guerre contre Ekanga — Bataille d’ego ou trahison révélée ?

Vers la mi-janvier 2026, une bataille terrible a fait rage sur les réseaux sociaux — et notamment sur TikTok — entre des leaders et militants panafricains, suite à la révélation que l’un d’eux, Wilfried Ekanga, avait accepté d’intervenir comme conférencier devant un think tank aux intentions pour le moins ambiguës. Il ne s’agissait pas d’une simple conférence : Ekanga devait animer un atelier sur le panafricanisme et le néo-panafricanisme pour une organisation qui s’est clairement positionnée pour renseigner sur la région du Sahel, de l’AES, de sa diaspora et de ses populations.

Cette organisation, c’est la FMES — la Fondation Méditerranéenne d’Études Stratégiques. Lors de son troisième séminaire, intitulé « Shega », les 20 et 21 mars 2025, la FMES a organisé un séminaire en trompe-l’œil baptisé « Agir pour l’Afrique », articulé sur deux journées portant sur la séquence « militer pour l’Afrique ». Sur le papier, une belle initiative citoyenne. Dans la réalité, un dispositif de collecte de renseignements sur les forces d’opposition africaines, habilement déguisé en plateforme de dialogue.

Depuis que la France a été éjectée du Sahel — rejet né de la volonté française de maintenir des régimes tyranniques au détriment des populations — elle n’a eu de cesse de vouloir y revenir. Et pour cela, elle a besoin de comprendre l’adversaire, de l’évaluer, de l’infiltrer, et de le faire exploser de l’intérieur. Pour cela, elle ne se servira que de Noirs et d’Africains.

Tous les intervenants africains ayant participé à ce séminaire n’ont, jusqu’à aujourd’hui, pas compris qu’on s’est servi d’eux pour cartographier les forces d’opposition au néocolonialisme, et que leur bonne foi a été méthodiquement retournée contre le continent.

Le Déclencheur : Fétiche de Guerre et l’Affaire Médusa

C’est Patrice Kouam Kamdem, alias Fétiche de Guerre, qui a rapidement dénoncé la situation à un troisième acteur — dont nous n’avons pas le nom, mais dont on sait qu’il est originaire du Congo-Brazzaville, opérant sous l’alias Médusa. C’est à partir de ce moment que l’affaire s’est embrasée sur les réseaux.

Face aux accusations, Wilfried Ekanga a choisi l’ego plutôt que la lucidité. Non seulement il n’a jamais voulu reconnaître s’être fait rouler dans la farine, mais il a revendiqué sa participation avec fierté — et est même retourné pour la quatrième session de 2026, n’ayant visiblement pas tiré les leçons de l’affaire. La raison ? Le cachet de sa prestation devait être mirobolant. Et face à l’appât du gain, la vigilance militante s’est évanouie.

La corruption que l’on dénonce chez les autres est souvent difficile à s’appliquer à soi-même quand l’occasion se présente. Et l’on s’aperçoit alors que l’on est aussi faible que ceux que l’on combat.

Wilfried Ekanga se présente comme un opposant politique au régime de Paul Biya. Pourtant, le voilà qui se laisse acheter — avec des honoraires blanchis sous l’appellation de « prestation de séminariste » — et qui, en échange, déverse toute sa bile sur le régime camerounais, explique dans les moindres détails les aspirations du mouvement militant, cartographie pour l’ennemi les forces vives du panafricanisme contemporain.

L’un de ses arguments justificatifs aura été de dire qu’il avait besoin de nourrir son fils. Argument humain, certes — mais qui révèle avec une clarté brutale la puissance de l’argent sur ceux qui en manquent. Et c’est précisément là que réside le génie machiavélique de l’entrisme : il ne recrute pas des traîtres. Il crée des conditions dans lesquelles des gens honnêtes trahissent.

Voilà un cas d’entrisme inconscient dans toute sa complexité : on croit être du bon côté, on lutte pour la cause — et l’on fournit à l’ennemi de précieux renseignements qui serviront, un jour, à faire taire ceux-là mêmes qu’on prétendait défendre.

VI. L’Urgence d’un Contre-Modèle

Il est donc plus qu’urgent que des solutions alternatives se concrétisent. L’Alliance des États du Sahel (AES) — Burkina Faso, Mali, Niger — doit mettre les bouchées doubles pour couper l’herbe sous le pied de tous ces traîtres affamés, prêts à vendre père, mère et enfants pour un peu de visibilité internationale et l’ivresse d’une future présidentiabilité.

Mais la résistance ne peut pas être uniquement politique. Elle doit être économique, financière et intellectuelle. Concrètement, cela implique :

▸ Créer des filières de recrutement panafricaines pour la diaspora diplômée, avec des conditions salariales compétitives et des projets porteurs de sens. Si nos États ne le font pas, les autres le feront à notre place.

▸ Développer un écosystème financier africain souverain, déconnecté des conditionnalités de la Banque Mondiale et du FMI. Les mécanismes BRICS et les nouveaux cadres financiers Sino-Africains offrent des alternatives concrètes.

▸ Former des cadres africains à la guerre économique — pas seulement aux sciences économiques. Comprendre la différence entre un investissement et une ingérence, entre un partenariat et une dépendance, entre un technocrate compétent et un cheval de Troie bien habillé.

▸ Bâtir des réseaux communautaires économiques solides au sein de la diaspora, capables de recycler les compétences et les capitaux vers des projets africains souverains, sans passer par les intermédiaires qui nous coûtent notre autonomie.

 VII. Reconnaître la Guerre pour la Gagner

La reconquête de l’Afrique par l’entrisme est en cours. Elle ne fait pas de bruit. Elle ne déploie pas de soldats. Elle recrute des brillants, des ambitieux, des frustrés, des mal-reconnus — et elle en fait des instruments.

Le cas Wilfried Ekanga n’est pas une exception. C’est un modèle reproductible à grande échelle. Un miroir tendu à toute une génération de militants panafricains qui, faute de bases économiques solides, restent vulnérables à la tentation du chèque bien signé.

La première étape pour contrer cette stratégie, c’est de la nommer clairement. La deuxième, c’est de construire les alternatives qui rendent ses outils inutiles.

Le temps presse.

 

Patrice NZIANSE

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