DÉCOLONISER LES ESPRITS

Le Journal du Panafricanisme Économique, Géopolitique & Géostratégique

Natacha Rey est décédée, mais l’affaire Brigitte Macron ne sera pas enterrée avec elle ? L’IA reprend les analyses, combien de temps pourra-t-on douter de sa fiabilité ?

Natacha Rey est décédée le 13 septembre 2026 à Saintes, des suites d’un cancer généralisé agressif . Xavier Poussard a annoncé publiquement sa disparition quelques jours plus tard. Selon les récits qui entourent ses derniers mois, Vladimir Poutine lui aurait proposé une prise en charge médicale en Russie. Elle aurait refusé pour rester auprès de ses parents, eux aussi malades. Cela ajoute une dimension tragique à ses derniers jours. Nous lui rendons hommage sur le travail d’enquête le plus dur à mener.

Sa mort ne mettra probablement pas fin à l’enquête qui l’a rendue célèbre. Natacha Rey avait commencé à interroger le passé de Brigitte Trogneux épouse Macron et l’histoire de la famille Trogneux. À partir de 2021, ses recherches ont quitté un cercle confidentiel pour devenir une controverse nationale, puis internationale. Le jour même de sa mort, son avocat aurait annoncé sa relaxe dans une procédure en diffamation. Elle souhaitait être inhumée au cimetière Saint-Pallais de Saintes.

Je sais que ce sujet déclenche immédiatement deux réactions : la fascination ou le rejet. Pour ma part, je veux comprendre pourquoi une affaire qui paraît invraisemblable à tant de gens continue de résister aux démentis, aux procédures et au temps. Natacha Rey n’est plus là pour défendre elle-même ses conclusions. Mais les questions qu’elle a soulevées sont désormais reprises par d’autres, avec des moyens techniques qui n’existaient pas, ou qui étaient beaucoup moins accessibles, lorsqu’elle a commencé ses recherches.

Il faut d’abord reconnaître un fait gênant : les femmes publiques sont régulièrement attaquées sur leur apparence et leur genre. Michelle Obama l’a été en raison de sa carrure. Aya Nakamura et d’autres femmes noires subissent, elles aussi, des commentaires sur une prétendue « masculinité ». Dans la plupart des cas, ces accusations révèlent surtout les préjugés de ceux qui les lancent. Je ne veux pas ignorer cette réalité.

Mais je ne veux pas non plus que ce constat serve à fermer automatiquement toute discussion sur l’enquête de Natacha Rey. Ce qui a retenu son attention, ce n’était pas seulement une apparence physique. Elle disait avoir relevé des incohérences dans des récits biographiques, des photographies et l’histoire familiale présentée au public. Ses interprétations sont contestées, parfois avec force. C’est précisément pour cette raison qu’il faudrait pouvoir examiner séparément chaque pièce, son origine et ce qu’elle permet réellement de conclure.

Quand je repense à Madame Doubtfire, sorti dans les années 1990, je mesure déjà ce que le maquillage, les prothèses, la voix et le jeu d’acteur permettaient de rendre crédible à l’écran. La série Pose, diffusée bien plus tard et consacrée à la culture des soirées LGBT new-yorkaises, montre autre chose : des personnes transgenres qui vivent leur identité au quotidien, loin du ressort comique du déguisement. Entre ces deux œuvres, il y a aussi les progrès réels de la chirurgie plastique et reconstructrice, des traitements hormonaux, du travail sur la voix et des techniques esthétiques. Les parcours de transition sont devenus plus visibles et mieux connus. Ce qui paraissait autrefois extraordinaire à une partie du public ne peut plus être écarté par un simple « c’est impossible ».

C’est là que ma question devient à la fois technique et sociale. Nous vivons dans des sociétés où une transition de genre ne devrait être ni une honte ni un scandale. Pourtant, dès qu’une personnalité au sommet de l’État est concernée par une rumeur de cette nature, beaucoup cessent d’examiner les arguments et répondent que le scénario serait inconcevable. Je refuse cet argument d’impossibilité. Je refuse aussi qu’on prétende reconnaître le passé d’une personne à sa carrure ou à sa démarche : ces impressions visuelles ne prouvent rien. Si l’on veut discuter sérieusement des hypothèses avancées dans cette affaire, il faut étudier des documents authentifiés et des analyses reproductibles, plutôt que transformer une silhouette en verdict.

Un autre sujet a contribué à l’intérêt porté à cette histoire : la rencontre entre Emmanuel Macron, alors adolescent, et Brigitte Trogneux, son enseignante. La différence d’âge et la position de professeure qu’occupait Brigitte Trogneux suscitent des interrogations depuis longtemps. Poser ces questions ne dispense pas de distinguer les faits connus de leur relation des accusations pénales que certains y greffent. Cette distinction est essentielle si l’on veut mener une analyse sérieuse.

Selon le récit de ses recherches, Natacha Rey est partie de cette histoire avant de s’intéresser de plus près à la famille Trogneux, bien connue à Amiens. Elle disait découvrir, de fil en aiguille, des éléments qui ne concordaient pas. Xavier Poussard a ensuite repris une partie de ce travail avec ses propres réseaux et ses propres outils. Puis Candace Owens s’est emparée du dossier aux États-Unis. À ce stade, l’affaire a changé d’échelle, mais aussi de nature : les hypothèses se sont multipliées, parfois jusqu’à dépasser ce que Natacha Rey elle-même semblait vouloir défendre.

C’est là qu’intervient mon regard suspicieux. Le couple Macron a engagé une procédure contre Candace Owens aux États-Unis. Cette démarche démontre une volonté de contester publiquement ses accusations. Elle ne règle pourtant pas, à elle seule, la question qui intéresse ceux qui suivent le dossier : quels éléments seront effectivement examinés, par qui et selon quelle méthode ? Une action en justice peut avoir une portée médiatique considérable. Son existence ne constitue ni une preuve que les accusations sont vraies, ni une démonstration que chacune des pièces invoquées par leurs auteurs est fausse.

Certains avancent que cette procédure pourrait ne pas aboutir. Je n’en fais pas une conclusion judiciaire acquise. J’y vois plutôt une raison de suivre ce qui se passera concrètement : les documents produits, les expertises admises, les arguments discutés et, finalement, la décision du tribunal. Si le procès devait s’arrêter pour une question de procédure, cela ne trancherait pas davantage le fond. Et s’il allait jusqu’au fond, il faudrait regarder précisément ce que le jugement établirait — et ce qu’il n’établirait pas.

C’est ici que commence, pour moi, la véritable bataille de Natacha Rey. Elle disait chercher des documents administratifs vérifiables pour confronter ses hypothèses à des pièces d’origine. Quant aux éventuels documents médicaux, ils relèvent de l’intimité d’une personne et ne sont pas librement accessibles à une enquêtrice. Faute d’accès aux éléments qu’elle jugeait décisifs, Rey a travaillé sur ce qui restait visible : photographies diffusées publiquement, récits biographiques, archives et déclarations. Elle a également raconté avoir été placée en garde à vue après avoir pris contact avec des membres de la famille Auzière, et avoir vécu cette interpellation comme violente. Je ne présente pas son récit comme une preuve de sa thèse. Mais je comprends pourquoi, à ses yeux, cet épisode a renforcé le sentiment qu’au lieu de répondre à ses questions, on cherchait à interrompre ses recherches.

C’est dans ce vide documentaire que l’IA prend désormais le relais. Elle peut comparer les versions d’une photographie, retrouver une archive, dater sa première apparition connue, examiner des traces de modification et confronter des récits qui se contredisent. Plus ces outils progressent, plus il devient difficile de demander au public de s’en tenir à une affirmation d’autorité lorsque des questions précises restent ouvertes. Mais je veux être exact sur ce point : l’IA ne peut pas authentifier un acte de naissance qu’elle n’a jamais vu, ni établir l’histoire médicale d’une personne à partir de son visage ou de sa démarche. Elle peut signaler des incohérences dans les traces publiques ; leur portée doit ensuite être vérifiée à partir des documents originaux et de méthodes contrôlables. C’est cette tension qui m’intéresse : quand les pièces demandées restent hors d’atteinte, jusqu’où les technologies d’analyse pourront-elles éclairer l’affaire, et à partir de quel moment leurs résultats seront-ils pris au sérieux ?

La nouveauté, à mes yeux, est donc là. Natacha Rey travaillait principalement en enquêtrice : elle rapprochait des dates, des noms, des photographies et des témoignages. Aujourd’hui, l’IA permet d’interroger des ensembles de documents beaucoup plus vastes. Elle peut aider à retrouver les différentes versions d’une image, à comparer des archives, à repérer des anomalies de compression, à transcrire des entretiens ou à rechercher des contradictions entre plusieurs récits. Elle peut attirer l’attention sur un détail que l’œil humain aurait laissé passer.

Prenons le cas d’une photographie contestée. Une analyse sérieuse devrait commencer par retrouver le fichier le plus ancien et sa provenance. A-t-on accès à un original, à un tirage numérisé ou seulement à une copie publiée sur un réseau social ? Connaît-on la date et les conditions de la prise de vue ? L’image a-t-elle été recadrée, restaurée ou compressée ? Ensuite seulement viennent les analyses de pixels, de lumière, de contours ou de ressemblances entre visages. Si l’on inverse cet ordre, on risque de demander à la machine de donner une réponse spectaculaire à partir d’un document dont on ignore déjà l’histoire.

La reconnaissance faciale illustre bien le problème. Un logiciel ne « reconnaît » pas une vérité cachée : il calcule une similarité selon un modèle, des images et un seuil de décision. Une vieille photographie floue, un changement d’âge, un angle de prise de vue ou une mauvaise numérisation peuvent peser sur le résultat. Même les systèmes évalués dans des conditions rigoureuses présentent des faux rapprochements et des rapprochements manqués. Leurs performances varient selon la qualité des images et les conditions d’utilisation. Le NIST mesure précisément ces taux d’erreur dans ses évaluations de reconnaissance faciale.

C’est pourquoi l’affirmation selon laquelle une « IA chinoise » aurait formellement identifié une personne sur une photographie mérite, elle aussi, un examen technique. Quel logiciel ? Quelle version ? Quelles images ont été comparées ? Avec quel niveau de confiance et quel taux d’erreur ? Une capture d’écran affichant un score ne suffirait pas. Je ne demande pas qu’on écarte cette piste parce qu’elle dérange. Je demande qu’on la documente assez précisément pour qu’une autre équipe puisse refaire l’analyse et obtenir, ou non, le même résultat.

Le raisonnement vaut aussi pour les photomontages et les images produites par IA. Détecter une retouche ne révèle pas automatiquement qui l’a faite ni pourquoi. À l’inverse, ne trouver aucune trace de retouche ne prouve pas qu’une photographie raconte toute l’histoire. Les dispositifs de provenance numérique peuvent aider à suivre l’origine et les modifications déclarées d’un fichier ; ils ne certifient pas, à eux seuls, que la scène représentée est vraie. C’est la distinction posée par la spécification C2PA sur les justificatifs de provenance des contenus.

J’entends ceux qui me répondront : « Si l’IA peut se tromper, pourquoi lui donner une place dans cette affaire ? » Justement parce qu’un outil imparfait peut rester utile lorsqu’on connaît ses limites. On ne confie pas une expertise à une seule machine et à une seule image. On confronte plusieurs méthodes, plusieurs sources indépendantes et plusieurs experts. On conserve les fichiers d’origine. On publie les étapes du raisonnement. Puis on accepte aussi la possibilité que le résultat contredise l’hypothèse de départ.

Ma méfiance va donc dans les deux sens. Je me méfie d’une affirmation officielle qu’on voudrait soustraire à l’examen au nom du prestige de ceux qu’elle concerne. Je me méfie tout autant d’un résultat algorithmique brandi comme une preuve définitive parce qu’il confirme une conviction. Ni la fonction présidentielle ni le mot « IA » ne doivent dispenser de montrer les pièces.

Il reste, selon moi, une dimension que les débats judiciaires masquent souvent : la dimension diplomatique. Une Première dame représente la France lors de rencontres où chaque image, chaque geste et chaque échange peut devenir un sujet de conversation. Dès lors qu’une rumeur sur son identité prend une ampleur internationale, elle risque d’être scrutée jusque dans son corps. Je trouve ces regards humiliants. Mais c’est précisément ce qui me fait penser que l’Élysée redoute, au-delà de la polémique, les effets de cette affaire sur l’image du couple présidentiel. À mes yeux, le véritable tabou politique se situe davantage là que dans le récit de leur relation commencée à l’adolescence. Je parle ici de mon interprétation de la réaction du pouvoir, pas d’un motif qu’Emmanuel Macron aurait lui-même reconnu.

C’est aussi sous cet angle que je lis l’intensité des ripostes judiciaires visant Natacha Rey et d’autres personnes ayant relayé cette thèse. Xavier Poussard a publié un livre et continue, lui, de la défendre ; je n’ai pas connaissance, à ce jour, d’une action en diffamation engagée contre lui pour ce livre. Pourquoi certaines prises de parole donnent-elles lieu à des poursuites et d’autres non ? Cette différence mérite d’être interrogée, sans prétendre qu’elle prouve le fond de l’enquête. Les procédures ne portent d’ailleurs pas uniquement sur la divulgation de la vie privée : elles concernent aussi la diffamation et le harcèlement allégués. Pour ma part, je continue de penser que l’éventualité d’une transition de genre n’est pas, en elle-même, le problème. Si la thèse défendue par Natacha Rey devait un jour être démontrée, la question politique serait celle d’un éventuel mensonge public et des raisons pour lesquelles il aurait été maintenu.

Je rapproche parfois cette controverse de l’affaire Epstein, parce qu’elle pose, dans mon esprit, une question de confiance envers les puissants et les institutions. Ce rapprochement exprime ma lecture politique ; il ne signifie pas que les deux dossiers reposent sur les mêmes faits. Ce qui m’intéresse, en passionné de science et de technologie, c’est aussi la mécanique sociale : comment une population décide-t-elle qu’un scénario est impossible ? Comment reconnaît-elle une démonstration lorsqu’elle vient contredire ce qu’elle croyait savoir ?

Être transgenre, ou avoir effectué une transition, ne serait en soi ni une faute ni une honte. Ce n’est pas là que se situe ma question. Ceux qui poursuivent l’enquête de Natacha Rey pensent qu’une partie de l’histoire publique de Brigitte Macron aurait été cachée. Cette conviction reste à démontrer. Mais elle ne disparaîtra pas simplement parce qu’on la juge absurde, pas plus qu’elle ne deviendra vraie parce qu’un logiciel affichera un pourcentage de ressemblance.

Natacha Rey est décédée. Le dossier qu’elle a ouvert, lui, continue de circuler. Peut-être que l’IA aidera un jour à établir clairement l’origine de certaines images et à départager des récits contradictoires. Peut-être montrera-t-elle aussi que des rapprochements présentés comme troublants reposaient sur des données fragiles. Dans les deux cas, la même exigence devrait s’imposer : montrer la méthode, ouvrir les pièces à l’examen et accepter le résultat, quel qu’il soit.

La vraie révolution de l’IA ne sera pas de remplacer notre jugement. Elle sera de rendre certaines vérifications possibles à une échelle que nous n’avions jamais connue. Reste à savoir si, lorsque ces vérifications toucheront au Pouvoir et à son image, nous accepterons vraiment de les conduire jusqu’au bout.

À suivre.

Patrice Nziansè
Le Samedi 19 Septembre 2026 à Paris

Patrice NZIANSE

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